Marie-Amélie Putallaz, de LEXPRESS.fr : « L’animateur de communauté représente les internautes devant la rédaction »
Marie-Amélie Putallaz, animatrice de l’Express.fr, décortique son quotidien et revient sur son rôle, entre la rédaction et la commmunauté.
En quelques mots, présente-toi et présente-nous ta ou tes communautés ?
Je suis journaliste, bientôt diplômée du CFJ et je m’occupe de la communauté naissante des internautes de LEXPRESS.fr.
As-tu un portrait robot de ta communauté ou de tes communautés ?
Difficile d’en dessiner les contours : la communauté de LEXPRESS.fr est une communauté qui reste à créer… Je pose à peine les premières briques de la construction ! Je peux donc plus facilement parler de ce que je veux créer que de ce qui est déjà en place.
Tu es journaliste : est-ce un avantage quand on anime une communauté ? Si oui, lesquels ?
C’est un avantage certain pour animer une communauté sur le site d’un média. Un journaliste va chercher à savoir où est l’information intéressante, ce qu’il faut mettre en valeur et qui fait sens par rapport à l’actualité – un témoignage sur un phénomène de société, une opinion sur un projet de loi… Bref, j’essaie toujours de regarder les productions, les écrits des internautes avec l’œil de la journaliste.
En tant que responsable de communauté, comment vis-tu les débats autour de la presse et de l’internet ?
Avec beaucoup de curiosité : il y a tellement de modèles à inventer ! Je n’ai pas la crainte des tensions entre électronique et papier, entre blogueurs et journalistes, entre lecteurs et rédactions. Tout reste à construire ensemble : un billet de blog politique peut figurer dans un journal, un journaliste du papier suivre une polémique sur son article sur Facebook et le témoignage d’un internaute faire la Une d’un site.
Que peut apporter une communauté sur un site d’information ?
Les internautes ont des richesses qui peuvent passionner les journalistes comme les autres lecteurs. Par exemple : le journaliste économique de LEXPRESS.fr, Thomas, avait écrit un long article sur la dette, qui a suscité beaucoup de commentaires très pointus sur la problématique.
Ensemble, nous les avons compilés, résumés et les avons soumis à un économiste, qui a tâché de répondre à chacune des remarques de nos internautes. Nous en avons fait un nouvel article, qui a eu de très bons échos – d’ailleurs, l’un des membres de LEXPRESS.fr que nous avons repris a même fait un billet sur son blog pour parler de cette initiative.
Sur ta page d’accueil, la présence communautaire n’est pas flagrante, elle semble placée derrière le contenu : est-ce volontaire ?
C’est plutôt que nous prenons le temps de réfléchir à ce que nous voulons construire avec la communauté, pour bien choisir ce qu’il faut mettre en évidence. LEXPRESS.fr est un site d’information – donc de contenu. La communauté ne peut pas être une espèce d’excroissance sociale et artificielle, greffée par-dessus. D’autant qu’elle serait complètement aberrante pour tous les lecteurs qui n’ont pas forcément envie d’être une part active de la communauté…
Organises-tu des réunions avec des membres de ta communauté ?
Pas pour le moment – mais tout ce qui peut créer du lien avec les internautes, notamment avec des rendez-vous ponctuels, est intéressant. A voir comment ça peut s’inscrire dans un projet éditorial.
Les utilisateurs te donnent-ils des idées pour faire évoluer leur communauté ?
Ils n’en sont pas encore à proposer des « modèles », mais ils sont en demande de certaines attitudes de la part de la rédaction. Par exemple, ils interpellent les journalistes pour dire qu’il y a un manque dans un article : (« Pourquoi les journalistes ne nous disent-ils pas plutôt sur quels critères se base le redécoupage territorial » ) ou poser des questions (« Est-ce qu’on pourra choisir de ne pas afficher de département du tout sur les nouvelles plaques d’immatriculation ? »). Nous essayons de leur répondre. L’évolution se fait donc doucement dans la pratique journalistique : l’article de s’arrête pas au moment où il est publié – il faut continuer à le faire vivre.
Quel est, selon toi, l’outil qui apporte le plus à ta communauté ?
Aucun en particulier. Tout doit fonctionner ensemble : les commentaires, comme espaces de réaction, les forums, comme espaces de débat, plus les mails, qui sont le cœur du dialogue avec la rédaction. Et même, pourquoi pas, les espaces d’expression…
Quelle est ta journée type ?
Je vis au rythme des journalistes : je participe à la conférence de rédaction du matin, je travaille également sur des articles. Et, au fil de la journée, je m’occupe des débats.
Fais-tu plus d’animation que de modération, ou l’inverse ? As-tu un rôle stratégique et de conseil au sein de la rédaction pour valoriser l’approche communautaire ?
Je n’aime pas dissocier les deux activités. Même si je modère davantage que je réponds, pour le moment, ce sont deux côtés d’une même pièce, qui vont de pair si l’on veut un débat de qualité.
Au fond, c’est une dynamique logique pour un journaliste web : il fait vivre son article, qui n’est plus un « produit fini », immobile. Une personne seule n’est pas suffisamment qualifiée pour animer un débat sur la dette française, les élections algériennes et le dernier CD de Peter Doherty. Chaque journaliste doit être le gardien de ses articles, sur le site…et, pourquoi pas, hors du site – par exemple, si l’article lance une polémique sur des blogs.
Ce qui ne veut pas dire que le journaliste doit surenchérir à l’infini et se défendre bec et ongles ! Il a aussi parfaitement le droit de décider de laisser filer une agression, une dérive parce qu’il pense que ça n’en vaut pas la peine. D’autant que la polémique peut tourner au vinaigre ou rester dans les disputes stériles. Par exemple, nous avons subi les foudres de plusieurs blogueurs et forumeurs lorsque nous avons publié un article sur les soutiens Web de Benoît XVI. Et plusieurs de ces conversations n’ont abouti à rien.
L’animateur de communauté a forcément un rôle central : c’est lui qui doit penser en permanence et en priorité, à l’internaute, à sa place sur le site. Et donc qui « représente » les internautes devant le reste de la rédaction.
Pourquoi faut-il s’inscrire pour pouvoir donner son avis : crois-tu qu’en s’inscrivant on devient « membre » d’une communauté ?
Pas besoin de s’inscrire pour commenter… en revanche, les non-membres sont modérés « a postériori » : leurs messages sont lus par la rédaction avant d’être publiés. Oui, à mon sens, il faut une identité pour faire partie d’une communauté. Difficile d’avoir une identité sans s’inscrire. Mais tout inscrit n’est pas pour autant un « membre » : on ne le devient vraiment qu’au moment où on est reconnu par les autres internautes.
Quels sont, selon toi, les principales qualités d’un responsable de communauté ?
Il faut avoir envie de chercher ce qu’il y a de bon dans ce que chacun peut apporter, pouvoir mettre les autres en avant, vouloir les rapprocher. Beaucoup lire et écouter. Prendre en compte ce que chacun des membres peut dire. Ne pas traiter toute la communauté « en masse » : les distinguer, chacun avec ses valeurs. Aimer le dialogue, ne pas avoir peur de la polémique.
Tags: animateur, Créer une communauté, journaliste, médias, rédaction


Les commentaires des invités (non loggués au site donc) sont modérés a posteriori ou a priori ?… Il me semblerait préférable sur un site media (sous les articles) qu’ils le soient a priori (c-a-d avant publication), pour garantir un filtre de qualité sur le site média trés exposé.
Bon courage Marie Amélie.
C’est une bonne question – tout est dans le juste milieu entre l’a postériori (meilleur pour la rapidité, l’animation du débat) et l’a priori (meilleur pour la qualité).
LEXPRESS.fr a en effet un modèle un peu hybride: les commentaires des non loggués sont lus avant d’être publiés, donc a priori, et les commentaires des membres immédiatement en ligne, donc a postériori.
.. merci pour l’interview et pour les voeux de « bon courage » :)
D’ailleurs, je me suis embrouillée dans ma réponse à l’interview. D’où, certainement, la question. Grmbl! Comme quoi, la modération, c’est compliqué :p
[...] Marie-Amélie Putallaz, de LEXPRESS.fr : “L’animateur de communauté représente les internautes… (tags: community management) [...]
Vraiment intéressante cette interview.. Bravo ! Par contre, quand je lis que » les mails, sont le cœur du dialogue avec la rédaction » , je prend peur.. surtout quand je vois la différence avec les médias US qui permettent au lecteur, spectateur d’interagir en direct via Twitter, Fb, etc..
@ MiKE, c’est un vrai sujet que tu abordes. J’ai, comme toi, de plus en plus de mal à comprendre qu’il m’est impossible de « dialoguer » avec un journaliste qui a écrit un papier sur lequel je souhaite réagir. Marie-Amélie, à quand le twitter de la communauté de l’Express ?
Marie-Amélie & Dom’ , si vous en avez le temps, regardez CNN Us tard le soir, que cela soit Larry King (même largement perdant face à une star de ciné) ou ses condisciples, quasi tous les présentateurs commencent par parler de leurs comptes twitter et facebook et n’hésitent pas à aller voir ce qui s’y dit et à réagir en direct ! Ok, l’interactivité est forcément différente dans un média » papier » optimisé pour le web mais le concept est là, il suffit de l’adapter !
@ MiKE : Les shows de CNN qui passent en direct sous Twitter ou FBK sont largement contrôlés, avec une équipe en interface web/présentateur pour sélectionner les commentaires intéressants, et les transmettre au présentateur. Ce type de « débat » -qui devient dès lors biaisé puisqu’il y a une forme de modération à priori- est très intéressant, mais demande un nombre de personnes considérable et n’a donc pas été tenté à ma connaissance sur des media de grande envergure en France. (Hors des sessions de chat avec des invités que LeMonde et Rue89 font régulièrement)
Par ailleurs, comme pour tous les autres aspects de notre métier, les nouveautés viennent d’outre Atlantique, je ne sais pas par chez vous, mais l’innovation sonne encore trop comme une insulte dans les CODIR que je cotoie, et ce, même lorsque nous parlons d’un métier en pleine phase de professionnalisation !
@ Marie-Amélie : Il m’a fallu quelques minutes pour recadrer (rogntudju, cette photo me dit quelque chose, rogntudju), mais salut à celle qui s’appellait Turpitude à l’époque ! Content de voir que notre beau métier t’a fait passer de l’autre coté de la barrière ! :)
Kadakethis ici, CM disparu au profit de GOA Irlande il y a bientôt 4 ans !
(Ah, et désolé pour le flood !)
@ merci Benoît – Kalys pour tes commentaires. Le monde est petit, à ce que je vois :) Pour revenir à ton premier commentaire, c’est vrai que cela est assez lourd en « humain », mais le résultat mérite l’effort consenti. Il y a quelques années, j’ai essayé de me battre pour proposer du Chat en même que le JT de 20 h l’époque. En vain. On y viendra d’une façon ou d’une autre, très prochainement.
@ Dominique : tout à fait d’accord. Évidemment que le jeu en vaut la chandelle. Mais les mentalités en france n’évoluent pas comme aux États Unis. Il nous faudra -je pense- attendre que la méthode se soit révélée payante outre-Atlantique pour que ce type d’opérations soient montées ici.
@Benoît Je me suis qu’on y était le jour de l’investiture de Obama, en direct sur CNN et relayé en « chat » via Facebook. Pour le moment, je ne vois rien à l’horizon… Pour en revenir au Chat, je me suis consolé en faisant « chatter » une bonne cinquantaine de sénateurs, une trentaine de députés, 1 président, un vice président, 2 candidats à la présidentielle et une poignée de ministres et autres secrétaire d’état… On a ce qu’on mérite :)
@Benoît Voilà quelques années, j’ai participé au chat suivant une émission radio permettant de .. » refaire le match » sur un grand média francophone. Là où tu parles d’un nombre de personnes considérables, nous n’étions que deux ( l’un assurant le suiv technique et le choix des questions et l’autre, moi, tapant à la place d’un animateur plus familier avec le micro que le clavier ) et cela suffisait amplement ! je crois que ce qui manque principalement, ce ne sont pas les moyens mais les idées, l’ambition de changer, de se projeter vers un autre média pour le moment considéré comme concurrent alors qu’il devrait être vu comme complémentaire.
*prend une grosse inspiration pour un pavé* :)
« les mails, sont le cœur du dialogue avec la rédaction »
Je vais tâcher de préciser ce que j’entendais par là. Dans dialogue, il y a « deux ». Certains échanges ne se font pas au vu et su de tous – un journaliste peut avoir à parler avec un internaute en particulier…. et ce serait bien qu’il sache le faire au quotidien.
En revanche, pour la discussion, le débat, le mail n’est bien évidemment pas un bon moyen :)
Pour le Twitter de la communauté de LEXPRESS… je fais tout doucement glisser le mien (www.twitter.com/MarieAmelie) vers quelque chose d’un peu plus professionnel. Pour lire et parler aux autres journalistes, déjà. Je réfléchis encore au meilleur moyen d’en faire quelque chose pour être en relation avec les internautes – peut-être en me rendant plus visible?
Mais ce serait dommage que le seul Twitter de LEXPRESS soit celui de la communauté! Je me pose toujours des questions, d’ailleurs, autour de l’incarnation d’un Twitter: un Twitter par thème? par journaliste?
.. même réflexion autour de Facebook. A voir, par exemple, si ça peut être moteur sur de l’événementiel (nous venons de lancer la page dédiée à notre couverture du Printemps de Bourges: http://www.facebook.com/pages/.....465?ref=nf ). Même si j’ai encore à réfléchir sur la manière de tenir et d’animer des débats hors du site, comme vous le soulignez… J’ai l’impression que le contrat de lecture et de contribution peut vite changer, selon que l’on est sur un site de média, sur un blog ou sur un site communautaire, même si les responsables de la discussion sont les mêmes. Ca me donne encore à réfléchir…
Sinon, LEXPRESS.fr a également des chats en direct, mais peut-être que nous ne savons pas assez les mettre en valeur. Xavier Darcos, par exemple, est venu répondre à une série de questions sur les lycées la semaine dernière.
@Kadakethis: Hey! Un plaisir de te re-lire :)
Merci à tous pour vos remarques et commentaires. J’ai pris des notes!
» un Twitter par thème? par journaliste? » | Pourquoi pas les deux ?! avoir un fil de news à la CNN, avec dégroupement par thèmes ensuite présent sur chaque catégorie du site (un peu comme les flux RSS du Monde ou de.. l’express ;o) puis par journalistes, en leur expliquant l’intérêt réel de poursuivre leurs articles via l’interaction plus directe, rapide et concise permise par twitter plutôt que via les commentaires de leurs papiers ou le mail. Bon coirage pour l’évangélisation ;-)
[...] on parle beaucoup de Twitter, qui a été au coeur d’un échange très intéressant entre Marie-Amélie, Mike et [...]
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