Sophie Mahéo, de l’université Paris Descartes : « Tel un indien, le Community manager écoute le bruit du net »
Community manager de l’université Paris Descartes, Sophie Mahéo anime les Carnets de Paris Descartes, le réseau social de l’université. Elle nous livre ici de très intéressantes réflexions sur son métier et son impact sur l’université et les étudiants.
En deux mots, qui es-tu et que fais-tu ?
Je travaille à l’université Paris Descartes au sein d’un département Technologies de l’information et de la communication appliquées à l’Enseignement. Dans ce cadre, j’ai une fonction de conseil et d’assistance pédagogique.
Depuis 3 ans, j’anime Les Carnets de Paris Descartes (http://blogs.parisdescartes.fr), le réseau social de l’université qui porte notamment les blogs-carnets et les portfolios des différents acteurs de Paris Descartes.
Je gère les communautés en ligne qui s’y expriment. Le but est de mettre en valeur les compétences des membres de l’université. « Rendez vos compétences visibles » : c’est un petit peu le slogan du réseau.
Etre Community manager d’une université, ça veut dire quoi et ça fait quoi concrètement ?
Cela veut dire d’abord que ce n’est pas forcément l’intitulé du poste. Par exemple, je suis Ingénieur en technologie de la formation, ce que je prends comme un titre, même si mes fonctions correspondent à la réalité de l’exercice d’un Community manager…
Dans une université, il y a un enjeu de formation au numérique, une nécessaire sensibilisation autour du partage des données, avoir conscience de ce qu’on publie en ligne. D’autant que nos contenus, produits à une adresse institutionnelle, sont très bien référencés et engagent l’université.
La sensibilisation à la gestion d’une identité numérique est importante, en plus de l’appropriation de l’outil : aider les utilisateurs de façon positive à devenir « stratège » de leurs traces numériques. C’est pourquoi je suis chargée de développer les portfolios numériques des étudiants.
On voit bien que 2 aspects sont importants : la modération, qui est humaine et à posteriori dans notre réseau de Paris Descartes, et la formation.
Dans un contexte institutionnel, le community manager est particulièrement responsable des coopérations à l’œuvre dans le site. Mais il est également un veilleur « éveilleur » de la communauté universitaire vers les communautés métiers. Je le vois un peu comme un indien à guetter le bruit du monde, le bruit du net, et s’en faisant l’écho vers sa communauté.
Le Community management appliqué à l’université est-il différent du Community management d’un site médias ou d’une communauté de passionnés d’œnologie ?
Il a, à mon sens, une plus grande responsabilité vis à vis de la formation des utilisateurs. La fracture numérique n’est pas générationnelle, même si on nous promet l’arrivée des digital natives, le public universitaire est encore très hétérogène.
Au-delà des outils et services numériques proposés par l’université, le Community manager d’une université doit accompagner ses membres vers le web et les autres médias sociaux, qui ne s’inscrivent pas du tout en opposition mais en relais.
Cela suppose, par exemple, de permettre l’exportation en un clic des contenus publics du réseau universitaire sur d’autres médias. Ce qui met ainsi en valeur les auteurs (en fonction de leurs compétences encore une fois) et leurs contenus, tout en montrant la source de la production : l’université. Un dispositif gagnant-gagnant, entre les « je » engagés et l’université, un objet qui pourrait montrer le creuset universitaire.
Le Community manager qui impulse la dynamique de production et l’encouragement des utilisateurs, doit donc s’adapter et, tour à tour, incarner sa communauté avant de s’effacer devant elle. A l’intérieur, dans son réseau et à l’extérieur sur tous les autres territoires numériques, il peut permettre de rendre l’université présente dans le quotidien de ses acteurs.
Aujourd’hui, y a-t-il un Community manager par université, par départements pédagogiques,… Es-tu toute seule à Paris Descartes ?
Aujourd’hui à Paris Descartes, je suis la seule à occuper cette fonction. En même temps, il y a partout de petites communautés à l’œuvre, car les universités sont par nature des réseaux sociaux, le numérique permettant de gommer l’éloignement géographique des lieux d’apprentissages.
J’ai un peu imposé le terme, bien qu’imparfait. Cependant, il désigne la double dynamique du poste : une tension perpétuelle entre un mode vertical et hiérarchique, et horizontal et communautaire.
Une double légitimité est ainsi nécessaire : institutionnelle d’abord, qui implique notamment une modération solide, et une légitimité par rapport aux utilisateurs dont l’exposition personnelle est une des conditions.
Le Community manager s’inscrit alors dans un rôle de médiation. Mais travailler seule est un écueil et plus le réseau grandit, plus il me paraît nécessaire de s’appuyer sur un réseau d’animateurs constitués d’utilisateurs actifs.
Comment s’organise les échanges avec tes confrères dans les universités françaises ? Vous connaissez-vous, travaillez-vous ensemble sur des projets communs,… ? Si oui, as-tu des exemples ?
Les autres universités s’intéressent aussi aux réseaux sociaux numériques, et leurs différents services TICE, communication et insertion professionnelle, sont en dialogue les uns avec les autres.
On échange sur les différents usages possibles, les outils et sur les compétences à l’œuvre dans les réseaux sociaux. Des recrutements de Community managers sont en cours. Romain Trillard anime, par exemple, le tout nouveau réseau social de l’Université de Versailles Saint Quentin en Yvelines « mon e-portfolio » (http://e-portfolio.uvsq.fr/).
Nous travaillons ensemble notamment sur des problématiques d’échanges de données entre réseaux qui pourraient nous permettre de participer à des groupes de travail entre université sans quitter notre propre réseau et à des étudiants de transporter leurs portfolios d’une université à l’autre.
Comment vois-tu l’évolution des universités à l’heure des réseaux sociaux (facebook est quand même née pour les étudiants de Harvard !) ?
Les universités sont bien souvent déjà dotées d’environnements numériques de travail, construits autour des documents, en accès totalement restreints à leurs membres.
La dynamique réseau social ouvert sur le web doit trouver sa place dans cette organisation qu’elle pourrait bousculer. Mais elle est une opportunité pour les acteurs de l’université d’aller à la rencontre des réseaux.
Ce qui me paraît intéressant, c’est le réinvestissement de ces territoires virtuels et les collaborations engagées dans le réel, favorisant la ré-habitation de l’université par ses multiples acteurs qui peuvent s’ouvrir à d’autres professionnels.
L’occasion peut-être d’imaginer de nouveaux espaces de coworking dans les universités, un peu à la manière de la Cantine à Paris, qui permettrait d’incarner cette porosité de territoire et de rendre effective les coopérations possibles.
********
Le Twitter de Sophie Mahéo : http://twitter.com/sophiemaheo
Tags: communauté, étudiant, Sophie Mahéo, Université Paris Descartes


merci Sophie, de nous éclairer de tes très belles et bonnes observations issues de ton expérience. Je trouve que tu es une digne représentante de la tribu des Community Manager qui « écoute les bruits du net ». J’adore cette expression. Qui en est l’auteur? Sophie ou Dominique. Bravo Dominique pour l’article qui permet de mettre en valeur les talents de Sophie avec qui je partage toujours avec un grand plaisir des travaux lors de mes incursions dans le monde des universités.
Eric, il s’agit d’une déjà ancienne expression de sophie beta testeuse qui a commencé à l’utiliser autrefois à ses débuts d’apprenante à distance. Elle ne savait pas, alors, qu’on n’avait jamais fini ni d’apprendre, ni d’écouter les bruits ;-)
Par contre je n’ai pas utiliser le terme réhabilitation, je voulais dire le réinvestissement de l’université non pas comme lieu de passage mais comme lieu d’apprentissage et de partage. Donc plutôt une re habitation des murs. L’université n’a pas besoin de réhabilitation…
@sophie, c’est modifié ;)
Je vais lire ça. Juste pour signaler que je l’ai vue là : http://techtoc.tv/event.php?event_id=142
[...] Sophie Mahéo, de l’université Paris Descartes : “Tel un indien, le Community manager écoute l… (tags: community manager interview) [...]
[...] viens de passer une quarantaine de minutes via Skype avec Sophie Mahéo, Community manager à Paris Descartes et Jean-Yves Lemesle, Community manager à [...]
[...] on July 3, 2009Filed Under liens | | Sophie Mahéo, de l’université Paris Descartes : “Tel un indien, le Community manager écoute l…tags: communitie manager, universitéUtilisez le mind mapping gratuit pour créer un projet [...]